3x3, Exposition GE-VS-VD
Depuis que l'oeuvre de Daniel Frank se veut poétique du désir, des correspondances intimes se créent entre la toile et son spectateur. Sa peinture fait surgir des personnages au regard franc, dont les corps polychromes s'exposent en toute sincérité. La présence interrogative de ces êtres démesurés interpelle le spectateur, le désigne comme interlocuteur, et le voit rétrécir sous la force de sa monumentalité.
"En faisant un portrait, on ne reproduit pas: on donne vie à quelque chose." - Daniel Frank
Sur le fond toujours plus uni et indéterminé devant lequel ces figures se détachent, tout contexte, support ou temporalité disparaissent, faisant ainsi place à un univers en apesanteur. A nous d'inventer l'environnement dans lequel évoluent ces êtres livrés à leur solitude, posés dans un équilibre précaire, éternellement voués à esquisser le mouvement d'une danse inconnue.
Dans un tableau où la perspective n'est plus celle d'une fenêtre ouverte sur le monde, mais celle d'un monde prêt à bondir sur nous, la surface peinte devient relief sculptural. Si l'artiste a d'abord souhaité donner vie à son portrait, c'est désormais au tour du portrait lui-même de désirer le spectateur.
- Céline Eidenbenz - mars 2002